J'ai longtemps cru que voyager en Amérique était à la fois un privilège et une comédie. C'est une scène où les paysages grandioses jouent les rôles sérieux, tandis que les voyageurs — moi y compris — s'agitent maladroitement avec des appareils photo, des cartes et des sourires pleins d'espoir, comme si nous pouvions d'une manière ou d'une autre diriger le décor. Soyons honnêtes : le pays est bien trop vaste pour être avalé d'une seule bouchée. Il faut donc le grignoter, État par État, ville par ville, comme un buffet où chaque plat insiste pour être le plat principal.
Ceci n'est pas une brochure vous promettant les dix meilleurs endroits où poser les mains sur les hanches en plissant les yeux face au coucher du soleil. C'est plutôt le carnet de notes brut de mes pérégrinations, de ce que j'ai vu, et de la façon dont j'ai failli ruiner mes chaussures à Yellowstone. Prenez-le comme vous prendriez le conseil d'un parent en qui vous avez confiance, tout en le soupçonnant d'exagération.
Chapitre I : New York, où la marche est un sport olympique

New York City est moins une ville qu'un système nerveux qui refuse de dormir. Je suis arrivé avec l'intention de « tout faire » et je suis reparti fier d'avoir réussi à faire « quelque chose ». Première leçon : les New-Yorkais marchent comme s'ils s'entraînaient pour les championnats de marche athlétique. Si vous vous arrêtez au milieu d'un trottoir, un millier de bruits de pas irrités derrière vous vous rappelleront gentiment mais fermement les règles de circulation piétonne.
Que voir ? L'évidence : Central Park, Times Square, les musées. Mais la véritable saveur de New York se cache dans ses bagels, ses bodegas et ses musiciens de métro qui jouent avec plus de conviction que la plupart des orchestres symphoniques.
Conseil à éviter : Ne tombez pas dans le piège du bar sur le toit (rooftop) hors de prix qui prétend offrir « la seule vraie vue sur Manhattan ». Chaque grand bâtiment offre une vue. Dirigez-vous plutôt vers Roosevelt Island en téléphérique — c'est moins cher, plus calme, et la ville y paraît plus authentique.
Chapitre II : Chicago, la ville qui a inventé le vent et la pizza

Chicago vous accueille avec un frisson qui semble personnel, même au printemps. Le lac est si vaste qu'il ressemble à un océan feignant la modestie. L'architecture y est noble et tenace, l'acier s'élevant d'une histoire qui a brûlé pour mieux se reconstruire.
Mangez la pizza « deep-dish ». Ne discutez pas avec les locaux pour savoir s'il s'agit d'une « vraie » pizza. Ils gagneront l'argument par pure passion. Flânez le long de la promenade de la rivière (Riverwalk), visitez l'Art Institute et, si vous avez de la chance, écoutez du jazz dans un bar en sous-sol où les murs transpirent l'histoire.
Conseil à éviter : Ne sous-estimez pas les distances. Les pâtés de maisons de Chicago semblent trompeusement petits sur la carte. Croyez-moi : vos jambes prépareront leur vengeance. Munissez-vous d'un sac à dos de voyage léger ; vos épaules vous remercieront après le cinquième kilomètre.
Chapitre III : Yellowstone, un parc qui sent le soufre et l'émerveillement

Le parc national de Yellowstone est la lettre d'amour de l'Amérique à la géologie. C'est aussi un endroit où les bisons errent avec l'assurance de propriétaires terriens. Les geysers crachotent, la vapeur s'élève, et vous réalisez que la terre sous vos pieds n'est pas aussi stable que vous le pensiez.
Que voir ? Old Faithful, bien sûr, mais aussi les geysers moins célèbres qui bouillonnent et sifflent avec personnalité. Le Grand Prismatic Spring ressemble à une palette de peintre que l'on aurait renversée sur la terre.
Conseil à éviter : Ne tentez jamais, sous aucune tentation, de caresser un bison. Ce ne sont pas des vaches. Ce sont des rappels de 900 kilos que c'est la nature qui commande. Apportez des chaussures robustes, des vêtements superposés et de la patience. Le réseau mobile disparaîtra ; profitez-en.
Chapitre IV : San Francisco, une ville de collines et de brouillard

Les collines vous rendront humble. San Francisco n'a pas été bâtie pour les pieds plats. Vous grimpez une rue pour mieux en redescendre une autre, comme si la ville jouait à une partie privée de serpents et d'échelles. Le Golden Gate Bridge, lorsqu'il est englouti par la brume, ressemble moins à une prouesse d'ingénierie qu'à un tour de magie secret en train de disparaître.
Prenez le téléphérique (cable car) une fois, pour le charme ; puis utilisez vos jambes, pour l'économie. Visitez Chinatown pour les dim sum, le Mission District pour les peintures murales, et le Ferry Building pour une nourriture qui détruira votre budget mais pas votre mémoire.
Conseil à éviter : Ne louez pas de voiture à moins d'aimer les frais de stationnement qui rivalisent avec les tarifs hôteliers. Les transports en commun, vos pieds et un bon sac à dos de voyage vous serviront bien mieux.
Chapitre V : Le Grand Canyon, où le silence est une langue

Le Grand Canyon n'est pas quelque chose que l'on « voit ». C'est quelque chose devant lequel on se tient, déconcerté, pendant que notre vocabulaire dépose le bilan. Les photographies sont cruelles ici — elles compressent la grandeur dans des proportions de cartes postales. En me tenant sur la rive sud (South Rim) au lever du soleil, j'ai ressenti un mélange de petitesse et de ravissement.
Que faire ? Parcourez une partie du Bright Angel Trail, mais ne soyez pas imprudent au point de tenter l'aller-retour jusqu'au fond en une seule journée, à moins d'être à moitié chèvre de montagne. Apportez de l'eau, des collations et de l'humilité.
Conseil à éviter : Le canyon n'est pas un endroit pour les tongs et la bravade. J'ai vu une pauvre âme revenir en boitant, les pieds couverts d'ampoules et le regret gravé sur le visage. Préparez-vous comme si le canyon voulait vous tester — parce qu'il le fera.
Épilogue : Le sac à malices du voyageur
Si ce carnet a une morale, c'est que l'Amérique est trop variée pour être conquise en un seul voyage. Il faut y revenir, encore et encore, et chaque fois le pays change d'expression. Du jazz de la Nouvelle-Orléans à la pierre rouge de l'Arizona, de la vapeur de Yellowstone à l'acier de Chicago, chaque étape murmure quelque chose de différent.
Mais à travers tout cela, deux leçons perdurent. Premièrement, ne sous-estimez jamais le pouvoir de porter le bon sac. Un sac à dos de voyage fiable est plus qu'un bagage — c'est un confident qui maintient votre chaos en ordre. Deuxièmement, évitez d'être séduit par des horaires si serrés qu'ils étranglent votre joie. Laissez de la place aux imprévus, aux rires et au fait de se perdre.
J'ai porté un sac Witzman pendant une grande partie de ce périple. Il ne s'est pas plaint quand je l'ai bourré de souvenirs ou quand je l'ai traîné à travers les portillons du métro. Il a supporté ma maladresse avec plus de dignité que moi. Et si vous me demandez ce que je recommande le plus pour errer en Amérique, je dirais : partez avec de la patience, de l'humour et un sac qui se comporte comme un ami.






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